• Rebecca

Sur scène avec les Celtic Tramps

Dernière mise à jour : août 10


En ces temps troubles et incertains, la musique irlandaise était relayée au second plan. Plus de répètes avec Blossom depuis le mois d’octobre, décès de notre flûtiste Mike, les festivals de l’hiver et du printemps annulés (BWS et Cassel Craic). Néanmoins j’avais eu l’occasion de ressortir quelques tunes pour faire travailler un de mes élèves au concertina, et d'en découvrir de nouveaux pour notre futur stream « chansons de pirates et de marins » à consonance fortement irlandaise. Mais rien de bien régulier (car oui, cette discipline mérite un entraînement quotidien pour en saisir toutes les techniques et subtilités).


Au début du mois de juillet, le piper Marc Voisin me contacte pour me demander si ça m’intéressait de faire un remplacement au sein des Celtic Tramps. Marc, c’est le seul joueur de uilleann pipes (cornemuse irlandaise) en activité dans le coin que je connaisse. Quelques fois on s’était dit « faudrait trop qu’on s’amuse à jouer quelques tunes ensemble pipes-concertina à l’occasion pour le plaisir, parce que ça sonne tellement bien ! ». Mais quelle occasion rêvée ! Mais sur le coup, je me suis demandée si j’avais vraiment le niveau pour intégrer un répertoire d’1h30 en trois semaines dont des jigs et reels à tempo cocaïné, qu’il faudrait avoir rapidement intégré dans les doigts. Je devais normalement avoir un concert le 23 juillet avec Becky & Cloud, mais il fut annulé et donc vite remplacé par cette opportunité celtique. Alors c'est parti !


J’ai accès à leur résidence chez Paulette. Je m’imprègne du set. Repère les endroits où je vais galérer. Y’a du taf comme on dit ! Mais moins que si j’avais dû intégrer un groupe purement de musique irlandaise avec beaucoup de tunes qui s’enchaînent en medley comme cela se fait beaucoup (et qu’on applique beaucoup dans Blossom – un set de 2h comprend plus de 50 musiques chez nous…). Là je n’avais « que » 12 tunes à apprendre et des thèmes de chansons. Mon concertina était content de me revoir. Tellement que je me suis cassé un de mes boutons, vite échangé avec une pièce dans les aigus dont je ne me sers jamais. Mais la première semaine, j’ai eu peu de temps pour travailler. Eh oui, la vie continue pour les autres projets, les chansons à apprendre pour les mariages… On devait se voir pour une première répétition quelques jours après avec Marc. Cela a été décalé d’une semaine (tant mieux), mais une fois arrivée chez lui, toute l’équipe était quasi au complet. Je n’en menais pas large. J’avais encore plein de questions sur les thèmes et étais loin de pouvoir jouer avec le groupe encore. L’échéance s’approchait tellement vite que j’étais prête à dire à Marc que j’abandonnais, qu’il m’aurait fallu plus de temps. Mais l’équipe était particulièrement enthousiaste à l’idée d’avoir du concertina pour l’occasion que j’ai donc retroussé mes manches encore plus haut. Je savais qu’un marathon m’attendait.


Le lendemain, les Celtic Tramps jouaient en acoustique à Metz pour le festival Hop Hop Hop. Le temps était pluvieux et frais, mais la bande a été invitée à jouer un set sous les arcades de la Place Saint Louis, pas très loin du Vivian’s Pub. Quelle ambiance ! Une belle connivence se dégageait de leur jeu, des sourires jusqu’aux oreilles. Bien après leur contrat terminé, les instruments furent ressortis pour quelques chansons. J’avais mon bodhran avec moi que j’ai pu faire sonner. Ça m’a rappelé toutes ces sessions à l’Irish Pub. Que de bons moments. J’ai pu discuter un peu avec Bruno Jaglé, mon ancien collègue pour un répertoire éphémère en 2011 sur une médiévale, et Nick, leur adorable guitariste avec qui je covoiturerai pour le concert.

La semaine du concert, nous avions deux répétitions à l’Autre Canal à Nancy avec deux autres remplacements : Thibault Chmill à la batterie et Mathieu Loigerot à la contrebasse. Il était audacieux de proposer un concert avec autant de remplaçants dont la section rythmique, pas forcément habituée à ce style de musique ! Mais les Celtic Tramps n’ont de « tramps » que le nom. En vrai, ça bosse dur, il n’y a que des pros dans l’équipe. Et les deux camarades ont assuré tout en prenant leur pied (évidemment).


Vendredi 23 juillet. Ça y est, c’est jour J. Alors que je m’étais couchée tard pour repriser mon pantalon préféré pas porté depuis trois ans, mais dans l’esthétique du groupe, le stress monte tout autant que l’excitation de refaire de la scène dans des conditions pros et encadrées avec une équipe technique sur place ayant déjà tout branché. Je savais que ça allait être difficile parce qu’on jouerait aux ear monitors : personnellement j’ai pris le pli avec Becky & Cloud, mais jamais dans une section à neuf musiciens ! Et aucune répète avant pour tester, ajuster ce qu’il y aurait dans mes retours. Néanmoins, c’est allé très vite (merci l'ingé son efficace aussi ^^). Le trajet avec Nick s’est fort bien passé et l’installation a été rapide (vive les tables numériques et les ear monitors, vraiment). On s’est ensuite posé dans une des salles du château pour répéter un peu. A ce moment-là, on ne savait pas trop encore si on allait nous autoriser à jouer à cause des nouvelles normes sanitaires qui changeaient toutes les heures. Les organisateurs ont dû plusieurs fois attraper les cheveux blancs ! On devait jouer sur la place, mais finalement c’est le parc du château que nous avons fait résonner nos instruments. Un joli coin de verdure, ombragé par de grands arbres. Pour informer le public de ce changement, nous avons joué en acoustique sur la grande place, cœur du festival. En fait, j’ignorais que le Festival de Théâtre de Phalsbourg était à ce point grand, réputé. Après 20 ans, il y a de quoi être rodé. Tout était beau sur la place, avec des meubles peints en rouge pour accueillir le public : tables, chaises, bancs, curiosités, auvents. Le coin restauration était prêt à sustenter tout le monde avec des plats variés. Il était frustrant de ne pas profiter plus du lieu (mise en part le temps de manger avant le concert).

Le public était ultra réceptif dès nos premières notes acoustiques. Et nombreux furent les gens qui ont rejoint le parc du château pour profiter de ce concert d’ouverture du Festival.

En fait, ils étaient nombreux. La tireuse à bière allait profiter à tout le monde. Entre nous sur scène, plein d’énergie et de joie communicative et le public, enfermé depuis trop longtemps, éprouvant le besoin vital de bouger, danser, rire… la communion était totale. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vécu un tel moment de partage aussi grand. Les trois chanteurs leads charismatiques ont entraîné le public dans leurs histoires, Marc le piper a accentué la signature « irish », la section rythmique a invité beaucoup de monde à danser, les mélodistes ont fait déferler les notes en cascades de plus en plus vite. 1h30 c’est court et à la fois suffisant. Le public en aurait bien repris un peu. Et nous aussi. Mais point trop n'en faut. Faudra revenir les voir en concert et se procurer leur EP !

Pour ma part, j’étais boostée. En plus de la bonne humeur qui se dégageait sur scène, un mini-bus de copains messins avait fait la route exprès. J’ai recroisé des gens pas vus depuis longtemps. L’after était bien chouette aussi avant de devoir reprendre la route jusqu’à Metz.


Je n’en ressors que du bon de cette expérience. Oui, c’était audacieux. Mais la gentillesse et la bienveillance de l’équipe a su motiver les troupes et à nous propulser au-delà de nos limites. J’ai ainsi pu goûter à cette joie éphémère et pleine de bonnes ondes, un groupe fort prometteur, épaulé par un régisseur au top (Bruno !). Je ne peux que leur souhaiter une longue et belle route et croiser les doigts pour regoûter à ce plaisir-là un de ces jours quand ils en auront besoin ^^.


Merci à Patrice Bucher pour ses magnifiques photos ♥ (pensez à cliquer dessus pour les agrandir ;-) ) Pour plus de photos du concert, l'album est ici sur Facebook

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